Frontalier : l’AVS et la LPP, les deux piliers de votre retraite suisse

Publié le 24 août 2026, par SV Patrimoine

Julien a décroché son poste de frontalier à Genève cet été. Après le choix de sa couverture santé entre CMU et LAMal, sa première fiche de paie vient de tomber. Deux lignes retiennent son attention, qu’il n’avait jamais vues sur un bulletin français : AVS/AI/APG et LPP. Voici ce qu’elles signifient, et ce qu’elles construisent pour sa retraite.

Un système pensé différemment du système français

La Suisse organise sa retraite autour de trois piliers, chacun avec sa logique propre. Le premier pilier, l’AVS, est une base universelle et obligatoire pour toute personne qui travaille en Suisse, frontalier compris. Le deuxième, la LPP, est également obligatoire, mais réservé aux salariés dont le revenu dépasse un certain seuil, et fonctionne par capitalisation individuelle. Le troisième, facultatif, correspond à une épargne personnelle complémentaire, avec une nuance importante pour Julien, sur laquelle nous reviendrons. Pour un frontalier qui débute, ce sont les deux premiers piliers qui apparaissent d’emblée sur la fiche de paie.

Le premier pilier, l’AVS : une base commune à tous

L’AVS, l’assurance-vieillesse et survivants, fonctionne par répartition : les cotisations des actifs financent directement les rentes versées aujourd’hui, sans capital individuel accumulé. Elle est prélevée sur l’intégralité du salaire, sans plafond, contrairement à la LPP.

Sur la fiche de paie, l’AVS apparaît le plus souvent regroupée avec deux autres cotisations, l’AI (assurance invalidité) et les APG (allocations pour perte de gain), sous un taux global de 10,6 % du salaire brut, partagé à parts égales entre employeur et salarié, soit 5,3 % chacun. La part propre à l’AVS, celle qui construit la retraite, représente 8,7 % du salaire, également répartie moitié-moitié.

Cette cotisation ouvre un droit à une rente suisse à un âge de référence en cours d’harmonisation vers 65 ans pour les femmes comme pour les hommes, dans le cadre de la réforme AVS 21 : déjà 65 ans pour les hommes, encore relevé progressivement pour les femmes jusqu’en 2028. Une possibilité d’anticipation existe dès 63 ans, avec une rente réduite à vie, ou d’ajournement jusqu’à 70 ans, avec une rente majorée. Le montant dépend par ailleurs de la durée de cotisation et du revenu moyen : une carrière suisse complète est nécessaire pour une rente pleine, une carrière plus courte donnant une rente proportionnellement réduite. Pour un frontalier, cette rente s’ajoute à ses droits acquis en France, sans s’y substituer.

Le deuxième pilier, la LPP : un capital propre à chaque salarié

La LPP, la prévoyance professionnelle, change complètement de logique. Chaque salarié constitue ici son propre capital, géré par une caisse de pension, qui viendra s’ajouter à sa rente AVS au moment de la retraite.

L’affiliation devient obligatoire dès 17 ans pour la couverture des risques de décès et d’invalidité, dès lors que le salaire annuel dépasse le seuil d’entrée, fixé à 22 680 CHF selon les paramètres 2026. L’épargne retraite proprement dite, elle, ne démarre qu’à partir de 25 ans.

La cotisation ne porte pas sur le salaire brut dans son ensemble, mais sur le salaire coordonné : le salaire annuel, diminué d’une déduction de coordination de 26 460 CHF, cette part étant considérée comme déjà couverte par l’AVS.

Le taux appliqué sur ce salaire coordonné, les bonifications de vieillesse, augmente avec l’âge :

Âge Bonification de vieillesse
25 à 34 ans 7 %
35 à 44 ans 10 %
45 à 54 ans 15 %
55 à 65 ans 18 %

L’employeur doit prendre en charge au moins la moitié du total, et de nombreuses caisses vont au-delà des minima légaux, un élément de comparaison souvent négligé entre deux employeurs suisses. Concrètement, plus la carrière suisse avance, plus la part de salaire mise de côté pour la retraite augmente, à salaire équivalent.

Autre point à connaître dès maintenant : ce capital est portable. S’il change d’employeur suisse, l’avoir de Julien est transféré à la nouvelle caisse de pension. S’il quitte la Suisse, il est placé sur un compte ou une police de libre passage.

Et le troisième pilier ?

C’est ici que le canton d’embauche fait toute la différence. À Genève, comme Julien, le frontalier est imposé à la source directement par la Suisse. Dans les huit autres cantons frontaliers, c’est l’inverse : l’imposition se fait par défaut en France.

Le pilier 3a, l’épargne retraite fiscalement avantagée, n’ouvre droit à déduction que pour les frontaliers éligibles au statut de quasi-résident, ce qui suppose de tirer au moins 90 % de ses revenus mondiaux de sources suisses. C’est le cas de Julien : il peut donc constituer un 3a et le déduire de son revenu imposable suisse, au même titre qu’un résident. Pour un frontalier employé dans un autre canton, ou non éligible à ce statut, mieux vaut se tourner vers l’équivalent côté français : PER, assurance-vie, immobilier.

Ce que ça change pour Julien

En tant que frontalier, Julien cotise aux deux premiers piliers exactement comme un résident suisse, alors même qu’il vit en France. Ces cotisations lui ouvrent des droits suisses, distincts de ceux qu’il continue par ailleurs, le cas échéant, de faire valoir en France sur d’autres périodes de sa carrière. Aucun des deux ne remplace l’autre : ils se cumulent.

Reste une question qu’il devra se poser plus tard dans son parcours : comment ces droits suisses et français s’articulent au moment de partir à la retraite, et ce qu’il advient de son capital LPP en cas de retour définitif en France. C’est un sujet à part entière, que nous aborderons dans un prochain article.

Pour l’instant, l’essentiel à retenir est simple : ces deux lignes sur la fiche de paie ne sont pas de simples charges. Elles construisent, dès le premier salaire, une partie de la retraite de demain.

Informations données à titre indicatif, à jour des paramètres 2026 connus à la date de publication, et ne constituant pas un conseil personnalisé.

Vous démarrez une carrière frontalière ou vous vous interrogez sur vos droits à la retraite entre la France et la Suisse ? N’hésitez pas à me contacter pour faire le point sur votre situation.